Mois: mars 2014

Guide à l’achat: chaussons d’escalade

 l’art du choix des chaussons d’escalade
Écrit par un vrai fétichiste du chausson, qui en possède une douzaine de paires et se rend souvent en magasin pour mettre le pied dans les nouveautés…

Pour commencer, il faut comprendre comment marche un chausson d’escalade.

L’objectif du chausson est d’aider la poussée du pied, pour pouvoir soutenir le poids du corps sur des petites prises sans qu’il se fatigue, tout en laissant la possibilité de « sentir » la prise de pied sous les orteils.
Cet objectif est atteint de deux façons à la fois.
D’un coté, le fabricant peut rigidifier plus ou moins la semelle. Cette solution donne du support mais tue une partie de la sensibilité. De plus, un chausson très rigide s’adapte moins facilement au pied, et donc peut résulter inconfortable si votre forme de pied ne correspond pas parfaitement au chaussant.
De l’autre, plus le pied est « compressé » dans le chausson, plus l’ensemble pied-chausson est rigide. D’un coté le chausson présente un système de tirants en gomme (surtout au talon, pour pousser le pied vers l’avant), de l’autre c’est au grimpeur de prendre le chausson assez petit pour que ce système marche. Cette solution laisse de la sensibilité, à condition que cette compression du pied, parfois extrême, ne soit pas trop douloureuse (il faut de l’habitude…).

Tous les chaussons modernes (depuis 20 ans) utilisent ces deux astuces à la fois, dans des mesures différentes. En tout cas tous utilisent plus ou moins la 2ème, il n’y a plus aujourd’hui un chausson qui soit complètement rigide, dépourvu de toute tension et fait pour être chaussé « plus large que le pied ».
Il est donc impératif que chausson et pied travaillent comme un corps unique, c’est-à-dire qu’il n’y ait aucun vide entre pied et tige et qu’on soit au moins un tout petit peu compressés dedans.
Aucun chausson actuel n’est fait pour être gardé au pied pendant des heures, sans jamais l’enlever….à la limite il y a des hybrides chaussure/chausson (basket à la gomme adhérente) conçus pour permettre aux guides et moniteurs de grimper correctement dans du relativement facile…

L’art du choix du chausson est donc en 1er lieu le fait de trouver un modèle qui nous enveloppe le pied complètement et qui le comprime de façon relativement homogène.
Pour cela rien ne vaut le temps passé à essayer d’innombrables modèles, dans plusieurs pointures différentes, dans un magasin ayant un large choix (à paris : au vieux campeur, quartier latin).
Prenez tout le temps nécessaire, éventuellement demandez du conseil par rapport aux formes (commencez par un modèle et ensuite expliquez votre ressenti au vendeur…)

Erreur de choix typique : prendre un modèle au chaussant volumineux en pointe, dans une pointure assez large, en espérant y être confortable.
Il faut d’abord comprendre qu’à moins d’avoir un pied effectivement large et volumineux, il y a une seule possibilité pour remplir correctement ce genre de chausson, c’est-à-dire de le prendre très petit, de façon que les orteils soient complètement pliés.
A l’usage, ce chausson sera peu efficace, fatiguera vite le pied, et ne sera pas si confortable que ça, parce que la pression se fera uniquement au bout des orteils (aie les ongles…)
Généralités sur les chaussons présents sur le marché aujourd’hui.

Chaussant
chaque modèle a une forme différente de tous les autres, mais on peut distinguer deux grandes familles :
« orteils à plat ». chaussons peu volumineux, qui épousent la forme d’un pied à repos (mettez vous débout, pied nus…). Souvent au moins moyennement rigides.
Ces chaussons sont moins contraignants pour un pied qui n’est pas encore « fait » par la pratique et donc la presque totalité des modèles débutant et/ou « confort » y appartient.
Certains modèles de cette famille restent redoutables pour une pratique de très haut niveau en terrain vertical et peu déversant, sur micro-prises de pied (exemple : le modèle « anasazi lace up » de la marque 5.10, référence de la poussée sur prises microscopiques, de la taille d’une pièce de monnaie…)

« orteils pliés ». chaussons qui épousent la forme d’un pied contracté (essayez d’attraper un objet posé au sol avec vos orteils…).
Volumineux, souvent assez cambrés (la pointe « plonge » comme le nez du Concorde), à prendre d’autant plus petits qu’ils sont souples…
Ce sont des chaussons redoutables en devers car ils donnent la possibilité de « tirer » la prise de pied pour se rapprocher de la paroi.
Aussi, cette forme permet un compromis plus orienté vers la sensibilité et la capacité du chausson de s’adapter à des prises arrondies, plates…
Choix logique en salle d’escalade à partir d’un niveau « 6 », en extérieur c’est plutôt à partir du « 7 ».
Moins confortables au sol, à enlever impérativement quand on ne grimpe pas!
Si le concept est né il y a 20 ans pour le haut niveau en terrain très déversant, ces chaussons sont très polyvalents à conditions d’être chaussés correctement (petit), si l’ensemble pied/chausson est assez fort (soit vous avez un pied musclé par rapport à votre poids, soit le chausson est quand même assez rigide, exemple les modèles « miura » lacet et velcro de la marque « la sportiva »)

Pointures
Chaque marque, voir chaque modèle, a son système. Le modèle X de la marque Z en 38.5 peut être équivalent au modèle Y de la marque W en 42 !!!
Pour chaque modèle il convient de déterminer la plus petite pointure dans la quelle on arrive à rentrer (avec effort et douleur, voir avec une astuce pour que le pied glisse mieux dans le chausson : un sac plastique en guise de chaussette) et l’utiliser comme référence.  Ensuite on s’écartera plus ou moins de cette pointure ultime, selon la famille de chausson, le matériel, l’usage, l’habitude…

exemple 1: débutants, vous choisissez un modèle « pied aplat », rigide, dans une matière qui ne se détend pas, et vous voulez le porter avec une chaussette pendant au moins 30 minutes à chaque fois. Prenez 1 voir 1.5 pointures en plus que la référence.

exemple 2: grimpeurs depuis 15 années, vous choisissez un modèle « orteils pliés », souple et qui se détend beaucoup, pour faire de la performance. Prenez donc la pointure ultime, mais attendez un moment: êtes vous vraiment surs de ne pas pouvoir prendre plus petit???

Matières
Croute de cuir non doublée : matière agréable qui se détend. Le chausson prendra environs une demie pointure avec l’usage (plus pour les grosses pointures et moins pour les petites), surtout dans le sens du volume (largeur/hauteur). Il faut se forcer à prendre petit…
Avantage : le chausson se moule au pied, ça pue moins que le synthétique.
Défauts : si vous transpirez, ça vous teint les pieds au couleur du chausson…et surtout, l’enlargissement du chausson peut être un peu aléatoire, car tous les morceaux ne sont pas égaux…le cuir du ventre de la vache n’est pas pareil que celui du dos !
Exemple de chausson : LaSportiva Cobra, le modèle « orteils pliés » pas cher, confortable, souple et sensitif…qui s’enlargit toujours trop, et vous teint le pied en orange…

Cuir doublé : pareil, mais la doublure élimine en partie les défauts.
Solution employée sur certains modèles LaSportiva.

Synthétique non doublé (lorica, microfibre). : matière plus ou moins élastique, qui s’enlargit à l’usage mais tend aussi à rétrécir un peu au repos.
On n’est pas obligés de prendre aussi petit que pour du cuir.
Souvent très doux et confortable même quand ça serre, c’est donc probablement le meilleur choix pour votre 1ere paire.
Une large majorité des chaussons haut de gamme emploie ce matériel, mais aussi quelques modèles moins radicaux (par exemple chez la marque française EB)
Désavantages : ça pue, ça résiste moyennement aux frottements.

Synthétique doublé en coton.
Cette matière ne se détend presque pas du tout et n’est pas élastique.
D’un coté, c’est plus prévisible car votre chausson restera pareil : s’il est vraiment atroce en magasin il ne deviendra jamais confortable avec l’usage…
De l’autre coté, l’absence d’élasticité empêche quelque part la déformation de l’ensemble pied/chausson (si vous avez pris assez petit) et donne donc un grand support et une grande précision lors de la poussée sur petites prises de pied, surtout si la fermeture se fait par lacets.
Défauts : ça pue encore plus et le confort est parfois relatif. Si vous avez pris trop petit, vous avez pris trop petit…il faut vraiment savoir prendre la bonne pointure !
Metière employée sur les modèles haut de gamme de la marque 5.10 et ses imitations (tenaya).

Systèmes de fermeture

Scratch : le plus pratique, rapide à mettre et enlever. Défaut, ça serre de façon peu uniforme, surtout si vous avez pris trop grand.

Lacet : le plus précis et versatile. Vous pouvez serrer à mort s’il faut rigidifier le chausson pour pousser sur une petite prise, laisser un peu détendu s’il faut plus de souplesse et sensibilité…. Chiant à enlever et mettre, mais vous pouvez en partie compenser une erreur de pointure ou une détente excessive.

Élastique (et élastique+1 seul scratch). Système qui se marie bien avec des chaussons souples, ça donne une pression plus homogène que le scratch.
Le plus rapide à mettre et enlever.
Défaut : il faut vraiment prendre petit car l’élastique ne serre jamais très fort et en plus il va se détendre à l’usage…

Rigidité/support
Vous l’aurez compris, il faut l’évaluer avec votre pied dedans, si possible en poussant sur une prise de pied (les bons magasins ont un petit mur ou une planchette avec des prises de pied).
Plus vous êtes léger, moins il faut de support, et inversement.
Ensuite il faut voir par rapport à vos préférences de grimpe : plus de support pour pousser sur des petites prises dans des murs proches de la verticale, moins de support pour des murs très couchés ou très déversants.

Ressemelage
Les chaussons se ressemellent ! C’est-à-dire, on enlève la vieille gomme trop usée et on la substitue avec de la nouvelle.
Pour que cette opération soit possible, il faut les envoyer avant d’user la gomme de « l’enrobage », c’est-à-dire celle qui vous retrouvez sur les cotés du chausson et qui continue sous la semelle.
Le résultat change selon l’artisan : un bon ressemelage est presque aussi performant q’un chausson neuf, un mauvais ressemelage est peu performant et peu confortable.
Un chausson peut «tenir » entre 1 et 5 ressemelages avant d’être complètement mort (trous, fissures dans la gomme du talon, coutures qui lâchent), ça dépend de votre usage, de combien vous chaussez serré, des matériaux (le plus résistant : cuir doublé, si vous tombez sur la bonne partie de la vache…)
Les chaussons « plats » sont souvent mieux ressemelés que ceux « cambrés », même si cela est en train de changer…
Un ressemelage coute entre 25 et 35 euros la paire (selon l’état). La plus part des magasins spécialisés et des salles ont un partenariat avec des entreprises spécialisées.
(A saisir  : si vous faites du 41/42 en chaussures de ville, je vends souvent des chaussons achetés par erreur, pour pas grand-chose… je fais du 42.5 mais je prends petit, très petit)

 

Glossaire des pratiques

Glossaire illustré des pratiques de l’escalade. (Si vous voulez vous initier aux spécialités décrites ci dessous, et vous désirez l’accompagnement d’un moniteur, je serais ravi de vous proposer mes services ! 😉 )

Grimper en libre (une voie, un bloc), « faire » (une voie, un bloc), « enchaîner » : gravir un itinéraire « en libre », ça veut dire le grimper en tête, sans chute et sans utiliser les ancrages ou la corde pour se reposer ou s’aider à monter. A ne pas confondre avec le solo intégral (ascension sans aucun système de sécurité).
Même si ce style d’ascension existe depuis qu’on utilise une corde pour arrêter les chutes (début du XX siècle), le fait de lui donner une importance particulière et de rechercher la difficulté « en libre » est relativement récent. Avec des différences et des exceptions selon les pays (notamment l’avance du royaume uni et d’une région particulière de l’ex Allemagne de l’est), c’est au cours des années 1970 et du début des 1980 que le mouvement « libériste » s’affirme.

Jean Pierre Bouvier au Saussois, 1982

En France, le parisien Jean-Claude Droyer est le personnage charismatique ayant lancé cette nouvelle mode.
C’est grâce au mouvement libériste que l’escalade existe en tant que discipline à part entière, autrement elle ne serait qu’une technique de l’alpiniste. Si vous voulez approfondir, l’excellent livre « L’Escalade Libre en France:  sociologie d’une prophétie sportive » retrace la naissance du mouvement libériste.

 

Escalade Sportive (en site naturel) : évolution logique de la recherche de diffuculté « pure » en escalade libre. Il s’agit de grimper avec corde et ancrages de sécurité fixes et fiables (placés par un « équipeur » ayant préparé la paroi au préalable : purge du rocher instable, repérage des cheminements les plus logiques/intéressants, pose des ancrages).
Sauf erreur dans les techniques de sécurité, le danger de blessures graves est réduit au minimum possible- même si une impression de danger peut demeurer, par exemple en cas d’ancrages très éloignés (jusqu’à 6 mètres en fin de voie longue et déversante…).
Si pas spécifié, on sous-entend que cela se fait sur une paroi rocheuse de hauteur généralement comprise entre 10 et 50 mètres, c’est-à-dire « une longueur de corde ».

Céüse, la plus belle falaise de France (et peut-etre du monde…)

Comme le nom l’indique, c’est probablement la sous-discipline plus intéressante d’un point de vue purement sportif (en dehors des compétitions) : on y retrouve plusieurs dimensions de l’effort physique (force, résistance à la fatigue, récupération et économie du geste) ainsi qu’une dimension de « psychologie sportive » assez poussée (les temps de l’effort sont assez dilatés pour que des pensées parasites apparaissent et persistent…la peur de tomber du débutant évolue avec le temps et se transforme chez le confirmé en anxiété liée à la performance, dont la gestion peut se révéler assez difficile).

Ainsi se présente la base d’une falaise le week-end… Falaises de la Seine, Les Andelys (site naturel d’escalade sportive le plus proche de Paris)

Il faut souligner que l’escalade sportive en France entraîne malheureusement de plus en plus de problèmes de gestion, liés au désengagement de la fédération délégataire (dont l’intérêt principal est la compétition en salle), à l’ampleur du travail d’entretien de l’équipement en place et à la responsabilité des propriétaires des terrains en cas d’accident causé par une défaillance éventuelle de cet équipement.

Après Travail : ascension en libre après plusieurs montées « non valides » dans la voie, soit pour repérer les mouvements, soit essais de montée en libre terminés par une chute.

ce grimpeur ne pourra « enchainer » que « après travail »…

Si l’après travail « rapide » (3-4 montées au max) d’une voie loin de ses limites est probablement le type de performance le plus « confortable », l’après travail de longue durée (semaines, mois, années…) d’un itinéraire à ses limites est sans doute l’épreuve ultime en escalade, d’un point de vue physique, technique mais aussi psychologique (doutes sur la possibilité réelle de l’enchaînement, anxiété, attentes, démotivation, gestion de son état d’activation, etc)

Flash : ascension en libre à la toute première montée, les informations sont admises (conseil sur la séquence, vision d’un autre grimpeur, etc).

à vue : plus restrictif, ascension en libre à la 1ere montée et sans informations (pas de conseils, pas d’observation d’autres grimpeurs. Seulement l’observation depuis le sol est admise). C’est le style plus facile à apprécier, car ça ne demande pas un investissement particulier en temps et préparatifs. Ça demande des capacités de résistance physique, intuition gestuelle, et prise de décision.

Bloc : Escalade de rochers de faible hauteur (jusqu’à 5 mètres) protégée par des tapis de mousse au sol (crash-pad) et par la « parade » des partenaires de pratique.

La Marie-Rose, 6a, foret de Fontainebleau

Spécialité en apparence anodine mais qui peut se révéler assez traumatisante pour les membres inférieurs (chevilles !), surtout pour les moins expérimentés (il faut savoir anticiper l’endroit de sa chute lors de la pose du crashpad et apprendre à « bien tomber »).
C’est le domaine de la finesse technique du geste, de l’importance du petit détail, de la brutalité de l’effort et, si vous vous orientez vers la performance, de l’imagination appliquée à la quête de l’impossible…en effet vous pouvez passer très longtemps à essayer un mouvement (déplacement de main ou de pied) qui vous est tout à fait impossible au premier essai…la capacité de « imaginer » ce mouvement avant d’arriver à le faire, dans le sens d’en créer une image mentale réaliste, est alors essentielle.
Les résultats en bloc sont souvent très variables selon l’adaptation de sa morphologie au passage choisi, les conditions météo, etc.…
C’est aussi la pratique la plus adaptée aux esprits joueurs (on peut facilement imaginer des nouveaux défis : à une main, en sautant certaines prises, etc.) et aux grimpeurs paresseux : pas de tache d’assurage, un matelas pour tomber dessus mais aussi pour faire la sieste, des sites souvent très proches du parking…

Pierre_Allain05

Pierre Allain, pionner bleausard

Il est bon de savoir que la forêt de Fontainebleau (plus simplement «bleau» ou « la forêt » pour les initiés) est à la fois le 1er site au monde où cette pratique fut systématisée (début du XX siècle) et une Mecque mondiale du bloc de toute difficulté, pour quantité et qualité des rochers.
On appelle les grimpeurs franciliens assidus en forêt « bleausards ». Le devenir est presque surement un gage de technique, de force, et de sophistication dans sa pratique.

Crashpad : matelas portable en mousse qu’on place au pied du bloc pour amortir les chutes.

Highball : bloc de hauteur considérable, telle que la réception de la chute est violente même en atterrissant sur une aire de réception bien garnie de crashpads. Une mauvaise réception entraîne sans aucun doute des blessures… Le highball, par rapport au bloc « traditionnel » est moins axé sur la difficulté pure, mais mobilise plutôt des notions de « frisson » et de maîtrise : maîtrise de ses émotions, maîtrise de la « marge » (il faut savoir si on est proche de la chute ou pas) et maîtrise de la chute (on n’a pas droit de tomber n’importe comment et de n’importe où…)

Trad Climbing, « terrain d’aventure » : escalade sécurisée par des protections (ancrages) amovibles, normalement placées par le grimpeur pendant son ascension en tête, dans des fissures ou trous ou autres aspérités naturellement présents dans le rocher. En termes de sécurité en cas de chute, le résultat peut varier entre « aussi anodin que de l’escalade sportive » et « blessures très graves », selon si l’itinéraire présente ou pas des fissures et des trous de la bonne forme, aux bons endroits.

Pose d’une protection amovible (friend)

Le « trad » est un type d’escalade très populaire dans les pays anglo-saxons, les moyens employés étant considérés comme plus « justes » ou « honorables » (fair means) que ceux de l’escalade sportive. Les arguments en ce sens sont les suivants :
1) Le rocher retourne à son état d’origine après l’ascension (on ne laisse pas les ancrages en place)
2) Le grimpeur ne dépend pas d’un équipeur qui a sécurisé l’itinéraire au préalable, il est donc plus « libre et autonome » mais aussi totalement responsable de soi-même sur un plan légal (on rentre dans le cas de figure du « risque accepté »)
3) Dans la confrontation grimpeur-rocher le grimpeur est soumis au jeu imposé par le rocher (avec les ancrages utilisés en escalade sportive on peut sécuriser n’importe quel itinéraire et donc quelque part « forcer » cette confrontation.)
4) L’élément de « évaluation et maîtrise du risque » propre de cette sous-discipline ajoute une dimension intéressante au vécu du grimpeur, entre savoir faire rationnel, expérience et émotions, alors que l’escalade sportive et le bloc restent plus proches d’une discipline sportive ordinaire.
Le trad climbing est en train de se creuser une niche chez les grimpeurs de l’europe continentale aussi, et je participe de cette mode…d’où l’explication assez longue !
En France on utilise aussi le terme « terrain d’aventure », qui est un synonyme imparfait.
La principale différence est qu’en « terrain d’aventure » à la française il est admis de laisser des ancrages en place et de les forcer dans les fissures du rocher à l’aide d’un marteau (pitons).

 

Grande voie : escalade « multi-longueurs » , sur une paroi plus longue que la moitié d’une corde d’escalade standard (60-100m).
On utilise donc des stations d’arrêt qu’on appelle « relais », placées généralement chaque 30-50 mètres.
Quand le grimpeur arrive au 1er relais, il assure son partenaire depuis le haut.

Gorges d Verdon, LE site majeur de grandes voies en France

Quand le 2ème grimpeur rejoint le 1er au relais un des deux recommence à grimper pour atteindre le relais suivant et ainsi de suite…
Selon la nature des ancrages, une grande voie peut être assimilable à de l’escalade sportive, ou à du « trad climbing », ou à un hybride entre les deux.
C’est la sous-discipline la plus axée sur l’ambiance et la verticalité…on quitte tout lien avec le sol pour être vraiment « en paroi ».
C’est chez la plus part des pratiquants la pratique la moins liée à une optique de performance sportive, c’est plus « se balader dans une face rocheuse ». Il est par exemple courant de ne par réussir toutes les longueurs en libre, sans que cela soit occasion de déception.

Big wall : grande voie sur parois d’ampleur exceptionnelle, dont l’hauteur dépasse les 500 mètres et atteint parfois le kilomètre voir plus ! Selon la difficulté de l’itinéraire et ses talents on peut être obligés de bivouaquer en paroi, soit sur des terrasses naturelles qu’on appelle « vires » (« ledges » en anglais), soit dans des tentes suspendues appelées « portaledge ».

un lit d’exception…

Des nombreux itinéraires en « big wall » ont été d’abord gravis avec un recours plus ou moins intensif à « l’escalade artificielle » (dans les sections trop difficiles, on place des ancrages de toute sorte, et on tire dessus pour avancer). Un défi relativement moderne et souvent très élitiste est l’ascension en escalade libre de ces itinéraires.

Escalade de compétition:
Pour des raisons pratiques les compétitions officielles en occident, nées en 1985, ont rapidement abandonné le rocher : en effet pour obtenir une « bonne compétition » du point de vue du classement et de la « légitimité sportive » du résultat, il faut un itinéraire présentant certaines caractéristiques…qui ne se retrouvent pas facilement en nature !
L’évolution des structures artificielles d’escalade doit donc beaucoup à l’escalade de compétition.

la compétitrice Jain Kim nous fait une démo de souplesse

Il y a trois formats : bloc, difficulté (=escalade sportive en salle, à vue) et vitesse. Plus d’infos (règlements, calendrier) sur les sites des fédérations française (ffme) et internationale (ifsc-climbing).
A titre anecdotique il faut dire que l’Union Soviétique avait, bien avant 1985, une longue tradition de compétitions de vitesse (sur rocher) et de compétitions d’alpinisme, souvent mises en place sur des grandes parois rocheuses (format : pendant une semaine des cordées de forts grimpeurs se rassemblent dans une vallée aux flancs abrupts. Ils cherchent de réaliser des ascensions inédites, élégantes, difficiles et risquées. A la fin de la semaine, un jury d’anciens alpinistes établit le podium des meilleures ascensions)