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Assurage dynamique, idées reçues et mauvaises techniques.

Une grande salle de la région parisienne.  Après deux heures de cours, je reste grimper quelques voies: une séance courte mais intense, je fais de l' »affûtage » en vue de mes vacances verticales…

Je m’engage dans une voie à mon niveau maximum, que je n’ai pas encore enchaînée et qui me sert de « projet d’entrainement ».  En m’approchant du pas de bloc de mi-voie je me sens bien, ça pourrait passer…je clippe, et je m’engage aussitôt dans ce gros jeté diagonal…ma main droite enveloppe pendant quelques instants la prise s’arrivée…qui finit par glisser ! Merde ! Je suis encore une fois en train de tomber sur ce pas, qui ne me pose pas de soucis intrinsèquement…La corde devrait bientôt me ralentir, mais non : je suis en chute libre, la vitesse augmente, la tête d’un grimpeur se baladant sous ce gros devers est en ligne de mire, on risque mes jambes et ses cervicales…enfin la corde se tend, elle m’arrête de façon tellement soudaine que je rebondis vers le haut. Quel choc! Mes pieds sont à deux mètres du sol, et tout proches de la tête de l’autre (qui heureusement me regardait, et m’a esquivé)

Au final, j’ai fait 7-8 mètres de chute alors que quand je suis tombé j’avais la dégaine aux genoux. La corde ne m’a ralenti que sur les derniers deux mètres (au plus). Blasé, je rappelle sèchement à mon assureur, pourtant expérimenté, que « de temps en temps les gens tombent ! ».

Un long décryptage suit, au cours duquel mon assureur (un grand gaillard me dépassant largement en taille et en poids) explique avoir laissé du mou « pour dynamiser », et s’être déplacé vers le mur.

Cet incident est donc le produit d’une idée reçue, et d’une mauvaise technique.

Dans la suite de cet article j’essaie de discuter les deux (accrochez-vous : c’est long, technique, mais ça vaut la peine…)

L’idée reçue, c’est que laisser du mou dans le système, à n’importe quel endroit et dans n’importe quelle situation, aide à réceptionner la chute du grimpeur de façon plus douce.

J’essaie d’expliquer pourquoi cette idée est fausse, et pourquoi elle est relativement répandue.

On commencera par un cas « théorique » mais souvent pas trop loin de la réalité : les dégaines ne rajoutent aucun frottement, l’assureur est parfaitement immobile, et le système d’assurage bloqué. Dans ces conditions, on sait que l’atterrissage sera d’autant plus doux que le facteur de chute est bas.

Le facteur de chute étant le rapport entre la longueur de la chute et la longueur de corde déployée entre nœud et système d’assurage, il s’en suit que laisser du mou entre assureur et grimpeur rallonge la chute…tout en produisant un « atterrissage » plus violent ! Exactement comme dans ma petite histoire.

Si vous ne me croyez pas :

  • Un chute de 2 mètres avec 10 mètres de corde produit un facteur de chute égal à 0,2
  • La même chute avec 2 mètres de mou supplémentaires donne un rapport 4/12, soit 0,33.

Hors de ce cas idéalisé, mais parfois proche de la réalité, est que dans certains cas laisser du mou « dynamise » l’assurage ?

Oui, mais uniquement si entre ce mou et le grimpeur il y a un frein !

Par exemple, si vous assurez avec un tube et vous laissez une belle boucle de corde molle entre votre main-frein (droite pour les droitiers) et l’appareil, vous avez un frein entre corde molle et grimpeur. Par ailleurs, il s’agit de la méthode de « dynamisage » la plus facile à appréhender, et la seule qui est également fiable quel que soit le poids du grimpeur. Un vrai passe-partout que tout grimpeur/assureur devrait maîtriser.

Dans certains cas particuliers, le tirage d’une corde qui passe dans beaucoup de dégaines et frotte contre des angles est aussi un frein efficace, surtout si la chute n’est pas importante ! Ceci explique que certains assureurs apprennent que laisser du mou devant le système d’assurage aide à arrêter doucement les chutes : c’est effectivement le cas quand le grimpeur tombe de tout en haut d’un long devers en salle d’escalade ou d’une grosse longueur en falaise, surtout s’il y a des changements de pente et direction importants…Du moment que beaucoup de grimpeurs n’aiment pas les voies « bloc » où l’on peut tomber un peu partout, et acceptent de ne pas demander « sec » uniquement quand ils sont à quelques prises d’enchaîner leur voie « rési », voilà que cette exception devient la norme !

Après cette première partie, comprendre l’erreur technique de mon assureur devrait être simple.

Dans un cas général, se déplacer vers le mur est une façon de dynamiser efficace, mais uniquement à condition de simuler l’action d’un frein. Il faut donc commencer à se déplacer de façon parfaitement synchrone à la mise en tension de la corde, tout en exerçant une résistance progressivement plus importante. C’est la seule façon possible de dynamiser avec un grigri ou autre appareil bloqueur.

Se déplacer à corde déjà bien tendue ne sert à rien, mais ce n’est pas pire que rester sur place (on rallonge la chute alors que le grimpeur vient d’encaisser le choc de la mise en tension).

Se déplacer avant la mise en tension de la corde est par contre une erreur grave : ça revient à rallonger la chute sans augmenter la longueur de corde utile. En reprenant l’exemple de tout à l’heure, si l’assureur se déplace de 2 mètres avant la mise en tension de la corde, le facteur de chute passe de 0,2 à 0,4 ! (Rappelez-vous : dans cet exemple, la longueur de corde utile est de 10 mètres).

Encore une fois, dans le cas particulier de la petite chute avec beaucoup de tirage, tout change…car il y a un frein entre grimpeur et assureur : donc se déplacer en avance pourrait être un bon choix !

Autre cas particulier : un assureur bien léger par rapport à son grimpeur…qui sera déplacé au bon moment en restant parfaitement passif !

 

Pour terminer, quelques conseils :

  • Ne sous-évaluez pas la tâche d’assurage. Etre un excellent assureur demande beaucoup de réflexion, entrainement et attention. C’est peut-être un peu chiant pour certains, alors dites-vous que ça vous permet de participer à juste titre des « croix » de vos potes !
  • Entraînez-vous à prendre et assurer des chutes dans des conditions variées. Avec vos partenaires d’escalade, faites régulièrement de l’école de vol en fin de voie, mais aussi à 4-5 dégaines du sol !
  • Si vous utilisez un frein (type reverso, atc) optez pour les méthodes qui ne requièrent pas un déplacement de l’assureur : laisser du mou entre appareil et main-frein, mais aussi « laisser filer ». Utilisez des gants et demandez à quelqu’un de contre-assurer tant que vous ne maîtrisez pas ces techniques à la perfection.
  • Si vous utilisez un bloqueur (grigri, click’up, megajul, smart, etc), soyez particulièrement exigeants envers vous-mêmes et demandez à votre grimpeur d’évaluer votre assurage lors des chutes.

 

Bons vols à tous!

 

 

 

Tutoriel : Le Verrou de Main.

Je profite de l’ouverture d’une voie dans le gros dévers de MurMur Pantin pour donner quelques conseils de base concernant cette technique – en effet dans la rouge de gauche il vous sera utile, à deux reprises, de savoir  verrouiller la main entre deux volumes …

Technique de base :

  1. rentrer la main dans la fissure, en la gardant la plus plate et « fine » possible
  2. essayer de donner à la main une forme de « cuillère », jusqu’à ressentir que le dos de la main, la pulpe des doigts et les parties charnues de la paume exercent une pression opposée contre les deux parois de la fissure. C’est cette pression qui génère le verrouillage, mais il ne faut pas exagérer tout de suite.
  3. tirer vers le bas et en même temps exercer une action de verrouillage plus vigoureuse. Les actions de « mise en tension » et de « forçage » du verrou doivent se synchroniser (plus on tire, plus on force), un peu comme si la main s’était transformée en camalot jaune :p.

 

Trucs et astuces :

  • quand on commence à tirer vers le bas, la peau du dos de la main, assez élastique, se déplace de quelques millimètres autour des chères, on le voit bien dans la vidéo qui accompagne cet article.. Cette «mise en tension de la peau » est une sensation étrange au début, il ne faut pas l’interpréter comme un signe que votre verrou ne tient pas !
  • Si les surfaces de la fissure sont plates et régulières, et sa taille correspond bien à votre main, la douleur (éventuelle) de cette technique devrait se limiter à la peau du dos de la main…Si vous avez mal ailleurs, c’est que vous forcez trop, ou dans le mauvais sens.
  • Pour quelques verrous occasionnels, le strappage n’est pas nécessaire, du moins tant qu’on a de la peau !
  • Surtout si on débute, le strappage ne devrait pas être trop épais. D’une part car la sensation accélère l’apprentissage, e de l’autre, enrober la main dans une couche épaisse n’empêche pas d’avoir mal à cause d’une mauvaise technique!

Merci à Mickael Bué pour la vidéo

Faut il ressemeler ses chaussons?

L’art du ressemelage

J’ai commencé à grimper il y a 17 années en Italie…pays de saints, poètes et cordonniers, dans lequel l’écrasante majorité des grimpeurs fait ressemeler ses chaussons plusieurs fois.

C’est donc avec surprise que j’ai constaté qu’en France, un bon nombre de pratiquants préfère user ses chaussons neufs jusqu’à les percer, pour ensuite les mettre à la poubelle. Cet article a pour but de les convaincre que l’intérêt du ressemelage va au-delà des économies réalisées…

Que faut-il s’attendre d’un chausson bien ressemelé ?

Un chausson bien ressemelé est déjà « fait » à votre pied, donc plus confortable qu’une paire neuve du même modèle, dans la même taille. Il est aussi plus souple et sensitif, à la fois par dégradation des raidisseurs placés entre tige et semelle, et par effet de la moindre compression du pied.

Quand la paire ressemelée était en origine destinée à la performance, le résultat est souvent un compromis idéal pour les situations demandant un peu plus de confort et sensations, tout en gardant les atout d’un chausson qui ne bouge pas sur votre pied (comme le ferait une paire prise plus grande en magasin) : grandes voies courtes et intenses, longueurs « abus » de plus de 40 mètres en falaise, températures élevées, longues marches d’approche, adhérences précaires en dalle, essais « flash » et « à vue ».

Pour ma part, par exemple, j’opte souvent pour une paire ressemelée à céuse, falaise qui combine plusieurs des conditions énumérées ci-dessus, et pour la grimpe estivale en général.

Quand la paire d’origine était déjà « confort », vous obtiendrez le chausson d’entrainement parfait : confortable, et assez « mou » : vos pieds auront moins mal et se muscleront au passage !

L’enrobage est atteint: trop tard!

L’enrobage est atteint: trop tard!Quand faut-il envoyer ses chaussons ?

Plus tôt que ce que vous pensez ! Pour le meilleur résultat, il faut qu’il reste encore un tout petit peu de gomme de la semelle, autrement vous commencez à user l’enrobage… Dans ce cas vous risquez fort la pose d’un empiècement supplémentaire en pointe, ce qui modifie forcement le ressenti du chausson (souvent en pire, mais pas toujours : dans les meilleurs cas on obtient un chausson un peu plus raide et précis, sans grosse perte de sensations)

De quoi dépend le résultat ?

A la fois, de vous, du chausson et du ressemeleur.

Il reste encore un tout petit peu de semelle: c’est le moment de ressemeler!

De votre côté, il faut que le chausson ne soit pas envoyé trop tard : un chausson dont les enrobages sont encore en bonne forme donnera les meilleurs résultats. Il faut aussi qu’il n’ait pas subi trop d’abus pendant sa première vie. Si les débutants sont connus pour maltraiter leurs paires, les plus performants, et particulièrement les bloqueurs, ne sont pas très gentils non plus, car ils imposent des contraintes plus violentes à leurs chaussons, à commencer par le choix de pointures « extrêmes ». Ceux qui doivent s’attendre les meilleurs résultats sont les grimpeurs de falaise et grande voies ayant un style de grimpe « souple », peu agressif, et prenant leurs chaussons une ou deux demies tailles plus grandes que la « pointure ultime ».

Les chaussons ne sont pas tous également ressemelables. Les points cruciaux sont la tenue des coutures à l’interieur du chausson et des colles des enrobages : si ces derniers commencent à se décoller de la tige (comme il arrive plus souvent avec certaines marques, ou si vous transpirez beaucoup dans vos chaussons) le ressemeleur n’aura pas une base stable sur la quelle travailler, et le résultat ne pourra pas être très précis ! Les doublures ne sont pas en soi un obstacle au ressemelage mais peuvent poser un problème de confort si elles se désolidarisent du reste de la tige. Enfin, les différentes formes de chausson sont plus ou moins faciles pour le ressemeleur : un modèle plat et rond sera facile, alors qu’un autre griffé et pointu demandera plus de travail et de précision à l’artisan.

Les différents ressemeleurs ne travaillent pas tous de la même façon et ne donnent pas tous les mêmes résultats sur tous les modèles. Il faut en tester quelques-uns… On peut distinguer trois catégories :

-Quelconques. La qualité du travail est inconstante ou approximative…vous pouvez ressentir des « bosses » sous la semelle (l’ancienne n’a pas été complétement éliminée), le chausson change radicalement de forme quand une pointe est refaite, etc…Malheureusement, ce cas est assez courant en France, ou en tout cas plus qu’en Italie (ce qui explique peut-être mon observation de départ)

-Corrects. Ils bossent bien sur certains modèles, mais pas sur d’autres. Deux cas courants : le fabricant-ressemeleur qui ressemelle ses propres produits mieux que ceux issus de la concurrence, et des artisans qui bossent bien sur des modèles non griffés et populaires, moins bien en cas de  nouveauté, marque exotique ou forme extrême.

-Artistes. La paire ressemelée est aussi performante que juste avant l’envoi, voire mieux. Respect de la griffe et de la finesse des pointes. Des petites réparations sont possibles en complément du ressemelage. En cas de doute, on est bien conseillés. Souvent, ils sont aussi bons grimpeurs…

Les Gommes

On peut choisir plusieurs marques et mélanges de gomme différents, dans plusieurs épaisseurs…Quelques conseils pour ne pas se perdre :

-gommes souples. Stealth Onyx, Vibram XS grip/grip2. Moins de durée et de précision en grattonnage, plus d’adhérence sur des appuis précaires et d’efficacité en gros devers et bloc indoor. C’est un choix justifié seulement pour des paires dont la souplesse est la caractéristique principale et des grimpeurs « poids plume » ou ayant des exigences particulaires…

-gommes mi-rigides. Stealth C4, Vibram XS edge. Bon compromis grattonage/adherence/durée. La C4 s’use moins vite et est plus performante dans l’absolu (meilleure adhérence, meilleure précision). Le point de force de la vibram est une perte d’adhérence un peu plus progressive et prévisible : on sent la zipette arriver, plus qu’avec la stealth, qui a tendance a glisser de façon soudaine.

-epaisseurs : en 5 mm on a plus de rigidité et durée, mais on perd un peu de précision et sensibilité…tant que la nouvelle semelle ne s’est pas encore usée. En 4 mm on a une semelle plus souple, sensitive et rapidement au meilleur de sa performance.

Quelques bonnes adresses

Je mentionne ici deux ressemeleurs français avec lesquels j’ai eu des bonnes expériences, ainsi que mon personnel « saint patron du ressemelage ».

Clinique du Chausson. www.clinique-du-chausson.fr/

Un vrai artiste, le titre n’est pas volé. Le travail est simplement stupéfiant, tant dans la substance que dans l’esthétique de la finition (il faut vraiment un bon œil pour distinguer la jonction entre ancienne et nouvelle semelle…). Les petites réparations sont aussi réussies. Depuis peu il est ressemeleur agrée LaSportiva, et peut ressemeler vos speedster/futura/genius. Comme tout artiste qui se respecte, il peut vous faire des caprices : notamment refuser des paires en trop mauvais état (alors que d’autres les auraient ressemelées en acceptant un compromis sur le résultat), imposer la réfection d’enrobages en apparence intacts (mais qui commencent à se décoller ou sont trop usés)… Faites confiance…

Cordonnerie d’en Haut. 04 56 17 98 97

C’était, jusqu’il y a quelques mois, le seul artisan officiellement designé par LaSportiva France pour le ressemelage des modèles de la gamme « noEdge » (speedster, futura, genius) et c’est dans ce cadre que je l’ai testé. Le travail sur ces modèles est excellent et, pour ces modèles, rentre bien dans la catégorie « artiste ».Je n’ai pas essayé avec d’autres chaussons.

Corrado Zanforlin. http://www.dacorrado.com

Dit aussi « Saint Corrado de Varallo Pombia »…Si vous programmez un roc trip au nord-ouest de l’Italie, par exemple entre les spots de fissure de la Valle dell’Orco et de Cadarese, emmenez quelques paires à ressemeler avec vous, et le long de la route priez que son atelier soit ouvert…

Test: Lunettes d’assurage Y&Y

Depuis leur lancement, je possède et j’utilise une paire de lunettes à prisme Y&Y

Remarques générales

Pour ceux qui ne connaissent pas ce type de produit, il s’agit de lunettes présentant des prismes triangulaires à la place des verres classiques…résultat, on peut regarder vers le haut (et donc vers son grimpeur) sans pencher le cou en arrière, ce qui limite grandement le stress sur les cervicales lors de l’assurage.

 

Le bienfait plus évident est celui d’un plus grand confort à l’assurage, tant dans le court que dans le long terme, ce qui emmème aussi à plus difficilement détourner le regard du grimpeur, avec in impact indéniablement positif sur la sécurité.

 

De plus, je trouve que, même en ayant l’habitude, il reste legèrement peu naturel de changer entre vision concentrée sur le grimpeur, à travers les prismes, et vision au pied de la voie en regardant « à coté » des prismes, ce qui minimise encore plus les occasions de distraction et renforce le lien assureur-grimpeur.lunettes

Il y a des rares situations où ce dernier effet est moins souhaitable, et notamment deux :

  1. Au pied de falaises avec risque de chute de pierres sur l’assureur. Pour avoir vécu la situation avec et sans lunettes, je dois dire qu’en utilisant les lunettes, il est presque impossible de juger rapidement la trajectoire des projectiles…Si l’assureur n’est pas à l’abri d’un devers prononcé et la qualité du caillou est suspecte, vaut mieux ne pas utiliser les lunettes (et porter un casque en bas de la falaise !).
  2. Si le pied de la falaise est accidenté, et l’assureur risque d’être déplacé violemment en cas de chute (assureur léger), ou il doit se déplacer souvent lors de l’assurage.

Il existe maintenant plusieurs fabriquant de ces lunettes, la différence se faisant sur les prix, la qualité des matériaux et la conception

Les lunettes y&yyy

Elles se placent, niveau prix, en milieu de gamme entre deux autres producteurs.

La vision me semble plus que correcte en toute condition de lumière, sans grosses distorsions ou aberrations chromatiques. Point positif à cet égard, les prismes me sembles se salir bien moins vite que ceux de mes lunettes de soleil, probablement à cause de leur position plus loin de mon front.

Le cadre, assez minimaliste, est assez classique, en trois parties. Cette monture permet de regarder « autour » des prismes, même si, comme expliqué, cette opération est peu instinctive. Autre avantage: il est très facile et rapide de les enfiler d’une seule main. En effet en départ de voie (parade initiale et premiers deux-trois points) on assure mieux sans porter les lunettes, car on a besoin d’une vision plus « globale ». Il est donc très pratique de les porter autour du cou à l’aide d’un cordon, et de les mettre devant les yeux quand le grimpeur est à environs 5 mètres du sol.

Cela m’emmène à parler du seul petit défaut de ces lunettes : le cordon fourni de série a tendance à glisser, les baguettes étant très fines…si vous portez longtemps les lunettes au cou, par exemple quand votre partenaire d’entrainement enchaine plusieurs voies de suite, elles finiront forcément par tomber au sol (testé : lunettes entières! Solides, donc!)

Il est lunetteslunettes tout à fait possible de les porter par-dessus d’autres lunettes (de vue ou de soleil) mais il est plus difficile de les enfiler en cours d’assurage.

Pour terminer, mention spéciale pour l’étui, conçu pour être attaché au baudrier et manipulé d’une seule main. Vraiment très pratique dans les séances express en falaise ou en salle, quand on enchaîne les longueurs sans pertes de temps. Il donne aussi la possibilité de les emmener en grande voie sportive (s’il n’y a aucune possibilité de chute de pierres et/ou matos…). Parmi les accessoires fournis on retrouve aussi un petit tournevis et un chiffon pour nettoyer les prismes.

En résumant, les lunettes d’assurage Y&Y rentrent à mon avis dans la catégorie « gadget indispensable ». Je les conseille vivement à tous les assureurs assidus en falaise et salle, et particulièrement à deux catégories: ceux qui ressentent une gêne à niveau cervical et ceux qui ont tendance à se distraire facilement.

Par rapport aux concurrents présents sur le marché, leurs points de force me semblent le rapport qualité-prix, et les accessoires fournis.

Test: chausson Anasazi LaceUp « The Pink » (2014)

Avec ce post j’inaugure une série d’articles concernant le matériel d’escalade. Mon objectif est de parler uniquement du matériel dont j’ai fait une utilisation approfondie, il s’agira donc d’un vécu de moyen-long terme et pas de premières impressions.

Je commence donc avec un de mes chaussons favoris, presque toujours présent dans mon sac pour toutes les situations d’escalade outdoor (bloc, falaise, grande voie).

Forme et volume

Il s’agit de chaussons de forme moyennement asymétrique et assez “plate”, comme d’habitude dans la gamme Anasazi. La différence par rapport aux anciens modèles, dont la version à scratch, se fait dans le volume plus faible tant au talon qu’en pointe. Cela donne une position du pied avec les orteils très « à plat » même en le chaussant hyper petit, ainsi qu’un excellent remplissage du talon.

Ils conviendront donc à des pieds fins/moyens.

Tension et Rigidité

La poussée du talon est moyenne (plus faible que l’ancêtre anasazi blanco) et la rigidité moyenne/haute.

Matériaux et évolution dans le temps

En synthétique doublé, ce chausson se détend peu. Il devient cependant plus confortable et souple au cours des premières 10 séances.

La tenue dans le temps des collages semble améliorée par rapport aux autres modèles 5.10 des dernières années.

Seul point faible, les lacets, qui supportent mal les placements en fissure et les crochets de pointe: il convient de les remplacer par de la cordelette en 3mm.

Performances, sensations  et terrain d’application

J’ai testé ce modèle en deux pointures : « ultime » pour le bloc et la performance en falaise (1.5/2 en moins que la pointure de ville) et une demie pointure de plus (utilisation en grande voie et fissures).

Dans la lignée de ses prédécesseurs, ce chausson est surtout une arme de poussée en grattonage.

Par rapport à son ancêtre Anasazi blanco, il présente cependant deux différences marquantes :

-il gagne en polyvalence et confort.

-il perd un petit peu de puissance, agressivité et précision dans les situations plus extrêmes (poussées violentes sur micro-prise de pied, surtout en bloc). Il reste très bon, mais décevra un peu certains adeptes du blanco qui recherchaient la performance absolue et sans compromis dans ce domaine…

En parlant de sa polyvalence : ce chausson offre un compromis « soutien/sensations »  vraiment intéressant, tout en restant assez rigide. De plus, sa forme très « plate » en pointe le rend très efficace en fissure : à différence d’autres modèles, on n’est pas obligés de le prendre excessivement large pour ce type d’utilisation. Il est donc un modèle très adapté aux grandes voies granitiques et aux couennes « trad ».

En bloc et en falaise, ce modèle brille sur des inclinaisons proches de la verticale, surtout si les prises de pied sont petites mais nettes. Il peut aussi être très efficace en devers modéré et dalle, si l’itinéraire ne fait pas trop remarquer son manque de griffe et de souplesse.

S’il faut lui trouver un défaut -au-delà de la petite perte de performance en « ultragrattonage »- la pointe est un chouilla « ronde », ce qui en combinaison avec le manque de griffe le rend moins efficace dans les petits trous (bidoigts, monos…).

Le talon par contre est une vraie surprise, efficace et précis un peu partout alors que traditionnellement les talons Anasazi ne font pas l’unanimité. Cette caractéristique en fait un modèle vraiment intéressant pour des blocs en « compression » ou traversée et pour certaines longueurs en falaise.

Le confort est correct sans être son atout principal. Sa forme est assez proche de celle d’un pied à repos et ne cause pas de point de pression évidents. En revanche les volumes étroits et la rigidité d’ensemble me semblent  contraindre la circulation du sang plus que sur d’autres modèles…dans des conditions froides, surtout vers la fin des grandes longueurs en falaise, on peut avoir des problèmes d’insensibilité des orteils!

Je ne l’ai pas testé en salle d’escalade,  imaginant qu’il ne sera pas trop mis en valeur (normalement cette situation favorise des chaussons très souples et assez « griffés »)

Le mot de la fin

Ce chausson ravira les grimpeurs aux pieds fins et moyens qui recherchent un chausson vraiment polyvalent, mais orienté au travail de grattonnage, surtout en mur vertical. Il met en valeur les grandes poussées sur des prises de pied assez basses, par rapport à des méthodes et styles d’escalade qui privilégient la « griffe » sur des prises de pied hautes et/ou éloignées de l’axe du corps – il est donc un bon choix pour des grimpeurs ayant plus de gainage que de souplesse.

Son itinéraire « parfait » est une couenne en très léger devers à petites réglettes, avec quelques crochets talon histoire de mettre en valeur cette caractéristique.

En pointure « confortable », il est aussi excellent dans des situations de grande voie et escalade « trad », qui demandent un chausson à l’aise en fissure et adhérence, mais précis et puissant en grattonage. Scenario assez typique en rocher granitique…

Extra: vidéo d’une partie du test! Eclipse-pensées cachées en combi, Fontainebleau. 7c+ bloc. Traversée demandant un chausson avec un excellent talon et un bon coincement en fissure, pour un repos vers la fin. 

Fissures à bleau!

Bon, on est loin de pouvoir déclarer la forêt bellifontaine spot majeur de fissures, mais il y a quand même de quoi faire!

ci dessous quelques exemples parmi les plus purs dans le style:

https://www.youtube.comb%20ki/watch?v=AZ8_Tb8fQ88

ces premiers deux se trouvent à Apremont, qu’avec en plus son circuit bleu ciel « fissures » est probablement le meilleur site pour une journée à thème.

La fissure qui suit se trouve au rocher des Demoiselles, il faut un oeil attentif pour la trouver la première fois mais ça vaut la peine, très probablement le passage le plus « pur » dans le style de toute la forêt…

(pour l’anecdote, Enzo Oddo l’aurait faite en baskets!!! Un peu hallucinant mais bon, pour l’avoir vu à l’œuvre en Valle dell’Orco il maitrise très bien ce style…et compte tenu de son niveau, il suffit de faire 2+2 pour se dire que…la prochaine fois, il la fera no foot!!…)

update!

Nouvelle vidéo de fissure. Il s’agit cette fois d’une renfougne faisant partie du célèbre circuit « bleu ciel » à Apremont, connu aussi comme « circuit fissures » justement. Atypique et inclassifiable, à la fois en ce qui concerne la difficulté et le plaisir de ramper là dedans: impossible, dur ou facile? Torture mélant claustrophobie et douleur, ou moment d’extase fusionnelle avec le rocher? Pour découvrir « sa » réponse, il faut l’essayer!

Update:
Pure Line, rocher du télégraphe

Ouverte en 2015, c’est un peu la soeur de Lueur d’espoir…sauf que ici, on tire des verrous de main tout du long!

Guide à l’achat: chaussons d’escalade

 l’art du choix des chaussons d’escalade
Écrit par un vrai fétichiste du chausson, qui en possède une douzaine de paires et se rend souvent en magasin pour mettre le pied dans les nouveautés…

Pour commencer, il faut comprendre comment marche un chausson d’escalade.

L’objectif du chausson est d’aider la poussée du pied, pour pouvoir soutenir le poids du corps sur des petites prises sans qu’il se fatigue, tout en laissant la possibilité de « sentir » la prise de pied sous les orteils.
Cet objectif est atteint de deux façons à la fois.
D’un coté, le fabricant peut rigidifier plus ou moins la semelle. Cette solution donne du support mais tue une partie de la sensibilité. De plus, un chausson très rigide s’adapte moins facilement au pied, et donc peut résulter inconfortable si votre forme de pied ne correspond pas parfaitement au chaussant.
De l’autre, plus le pied est « compressé » dans le chausson, plus l’ensemble pied-chausson est rigide. D’un coté le chausson présente un système de tirants en gomme (surtout au talon, pour pousser le pied vers l’avant), de l’autre c’est au grimpeur de prendre le chausson assez petit pour que ce système marche. Cette solution laisse de la sensibilité, à condition que cette compression du pied, parfois extrême, ne soit pas trop douloureuse (il faut de l’habitude…).

Tous les chaussons modernes (depuis 20 ans) utilisent ces deux astuces à la fois, dans des mesures différentes. En tout cas tous utilisent plus ou moins la 2ème, il n’y a plus aujourd’hui un chausson qui soit complètement rigide, dépourvu de toute tension et fait pour être chaussé « plus large que le pied ».
Il est donc impératif que chausson et pied travaillent comme un corps unique, c’est-à-dire qu’il n’y ait aucun vide entre pied et tige et qu’on soit au moins un tout petit peu compressés dedans.
Aucun chausson actuel n’est fait pour être gardé au pied pendant des heures, sans jamais l’enlever….à la limite il y a des hybrides chaussure/chausson (basket à la gomme adhérente) conçus pour permettre aux guides et moniteurs de grimper correctement dans du relativement facile…

L’art du choix du chausson est donc en 1er lieu le fait de trouver un modèle qui nous enveloppe le pied complètement et qui le comprime de façon relativement homogène.
Pour cela rien ne vaut le temps passé à essayer d’innombrables modèles, dans plusieurs pointures différentes, dans un magasin ayant un large choix (à paris : au vieux campeur, quartier latin).
Prenez tout le temps nécessaire, éventuellement demandez du conseil par rapport aux formes (commencez par un modèle et ensuite expliquez votre ressenti au vendeur…)

Erreur de choix typique : prendre un modèle au chaussant volumineux en pointe, dans une pointure assez large, en espérant y être confortable.
Il faut d’abord comprendre qu’à moins d’avoir un pied effectivement large et volumineux, il y a une seule possibilité pour remplir correctement ce genre de chausson, c’est-à-dire de le prendre très petit, de façon que les orteils soient complètement pliés.
A l’usage, ce chausson sera peu efficace, fatiguera vite le pied, et ne sera pas si confortable que ça, parce que la pression se fera uniquement au bout des orteils (aie les ongles…)
Généralités sur les chaussons présents sur le marché aujourd’hui.

Chaussant
chaque modèle a une forme différente de tous les autres, mais on peut distinguer deux grandes familles :
« orteils à plat ». chaussons peu volumineux, qui épousent la forme d’un pied à repos (mettez vous débout, pied nus…). Souvent au moins moyennement rigides.
Ces chaussons sont moins contraignants pour un pied qui n’est pas encore « fait » par la pratique et donc la presque totalité des modèles débutant et/ou « confort » y appartient.
Certains modèles de cette famille restent redoutables pour une pratique de très haut niveau en terrain vertical et peu déversant, sur micro-prises de pied (exemple : le modèle « anasazi lace up » de la marque 5.10, référence de la poussée sur prises microscopiques, de la taille d’une pièce de monnaie…)

« orteils pliés ». chaussons qui épousent la forme d’un pied contracté (essayez d’attraper un objet posé au sol avec vos orteils…).
Volumineux, souvent assez cambrés (la pointe « plonge » comme le nez du Concorde), à prendre d’autant plus petits qu’ils sont souples…
Ce sont des chaussons redoutables en devers car ils donnent la possibilité de « tirer » la prise de pied pour se rapprocher de la paroi.
Aussi, cette forme permet un compromis plus orienté vers la sensibilité et la capacité du chausson de s’adapter à des prises arrondies, plates…
Choix logique en salle d’escalade à partir d’un niveau « 6 », en extérieur c’est plutôt à partir du « 7 ».
Moins confortables au sol, à enlever impérativement quand on ne grimpe pas!
Si le concept est né il y a 20 ans pour le haut niveau en terrain très déversant, ces chaussons sont très polyvalents à conditions d’être chaussés correctement (petit), si l’ensemble pied/chausson est assez fort (soit vous avez un pied musclé par rapport à votre poids, soit le chausson est quand même assez rigide, exemple les modèles « miura » lacet et velcro de la marque « la sportiva »)

Pointures
Chaque marque, voir chaque modèle, a son système. Le modèle X de la marque Z en 38.5 peut être équivalent au modèle Y de la marque W en 42 !!!
Pour chaque modèle il convient de déterminer la plus petite pointure dans la quelle on arrive à rentrer (avec effort et douleur, voir avec une astuce pour que le pied glisse mieux dans le chausson : un sac plastique en guise de chaussette) et l’utiliser comme référence.  Ensuite on s’écartera plus ou moins de cette pointure ultime, selon la famille de chausson, le matériel, l’usage, l’habitude…

exemple 1: débutants, vous choisissez un modèle « pied aplat », rigide, dans une matière qui ne se détend pas, et vous voulez le porter avec une chaussette pendant au moins 30 minutes à chaque fois. Prenez 1 voir 1.5 pointures en plus que la référence.

exemple 2: grimpeurs depuis 15 années, vous choisissez un modèle « orteils pliés », souple et qui se détend beaucoup, pour faire de la performance. Prenez donc la pointure ultime, mais attendez un moment: êtes vous vraiment surs de ne pas pouvoir prendre plus petit???

Matières
Croute de cuir non doublée : matière agréable qui se détend. Le chausson prendra environs une demie pointure avec l’usage (plus pour les grosses pointures et moins pour les petites), surtout dans le sens du volume (largeur/hauteur). Il faut se forcer à prendre petit…
Avantage : le chausson se moule au pied, ça pue moins que le synthétique.
Défauts : si vous transpirez, ça vous teint les pieds au couleur du chausson…et surtout, l’enlargissement du chausson peut être un peu aléatoire, car tous les morceaux ne sont pas égaux…le cuir du ventre de la vache n’est pas pareil que celui du dos !
Exemple de chausson : LaSportiva Cobra, le modèle « orteils pliés » pas cher, confortable, souple et sensitif…qui s’enlargit toujours trop, et vous teint le pied en orange…

Cuir doublé : pareil, mais la doublure élimine en partie les défauts.
Solution employée sur certains modèles LaSportiva.

Synthétique non doublé (lorica, microfibre). : matière plus ou moins élastique, qui s’enlargit à l’usage mais tend aussi à rétrécir un peu au repos.
On n’est pas obligés de prendre aussi petit que pour du cuir.
Souvent très doux et confortable même quand ça serre, c’est donc probablement le meilleur choix pour votre 1ere paire.
Une large majorité des chaussons haut de gamme emploie ce matériel, mais aussi quelques modèles moins radicaux (par exemple chez la marque française EB)
Désavantages : ça pue, ça résiste moyennement aux frottements.

Synthétique doublé en coton.
Cette matière ne se détend presque pas du tout et n’est pas élastique.
D’un coté, c’est plus prévisible car votre chausson restera pareil : s’il est vraiment atroce en magasin il ne deviendra jamais confortable avec l’usage…
De l’autre coté, l’absence d’élasticité empêche quelque part la déformation de l’ensemble pied/chausson (si vous avez pris assez petit) et donne donc un grand support et une grande précision lors de la poussée sur petites prises de pied, surtout si la fermeture se fait par lacets.
Défauts : ça pue encore plus et le confort est parfois relatif. Si vous avez pris trop petit, vous avez pris trop petit…il faut vraiment savoir prendre la bonne pointure !
Metière employée sur les modèles haut de gamme de la marque 5.10 et ses imitations (tenaya).

Systèmes de fermeture

Scratch : le plus pratique, rapide à mettre et enlever. Défaut, ça serre de façon peu uniforme, surtout si vous avez pris trop grand.

Lacet : le plus précis et versatile. Vous pouvez serrer à mort s’il faut rigidifier le chausson pour pousser sur une petite prise, laisser un peu détendu s’il faut plus de souplesse et sensibilité…. Chiant à enlever et mettre, mais vous pouvez en partie compenser une erreur de pointure ou une détente excessive.

Élastique (et élastique+1 seul scratch). Système qui se marie bien avec des chaussons souples, ça donne une pression plus homogène que le scratch.
Le plus rapide à mettre et enlever.
Défaut : il faut vraiment prendre petit car l’élastique ne serre jamais très fort et en plus il va se détendre à l’usage…

Rigidité/support
Vous l’aurez compris, il faut l’évaluer avec votre pied dedans, si possible en poussant sur une prise de pied (les bons magasins ont un petit mur ou une planchette avec des prises de pied).
Plus vous êtes léger, moins il faut de support, et inversement.
Ensuite il faut voir par rapport à vos préférences de grimpe : plus de support pour pousser sur des petites prises dans des murs proches de la verticale, moins de support pour des murs très couchés ou très déversants.

Ressemelage
Les chaussons se ressemellent ! C’est-à-dire, on enlève la vieille gomme trop usée et on la substitue avec de la nouvelle.
Pour que cette opération soit possible, il faut les envoyer avant d’user la gomme de « l’enrobage », c’est-à-dire celle qui vous retrouvez sur les cotés du chausson et qui continue sous la semelle.
Le résultat change selon l’artisan : un bon ressemelage est presque aussi performant q’un chausson neuf, un mauvais ressemelage est peu performant et peu confortable.
Un chausson peut «tenir » entre 1 et 5 ressemelages avant d’être complètement mort (trous, fissures dans la gomme du talon, coutures qui lâchent), ça dépend de votre usage, de combien vous chaussez serré, des matériaux (le plus résistant : cuir doublé, si vous tombez sur la bonne partie de la vache…)
Les chaussons « plats » sont souvent mieux ressemelés que ceux « cambrés », même si cela est en train de changer…
Un ressemelage coute entre 25 et 35 euros la paire (selon l’état). La plus part des magasins spécialisés et des salles ont un partenariat avec des entreprises spécialisées.
(A saisir  : si vous faites du 41/42 en chaussures de ville, je vends souvent des chaussons achetés par erreur, pour pas grand-chose… je fais du 42.5 mais je prends petit, très petit)

 

Glossaire des pratiques

Glossaire illustré des pratiques de l’escalade. (Si vous voulez vous initier aux spécialités décrites ci dessous, et vous désirez l’accompagnement d’un moniteur, je serais ravi de vous proposer mes services ! 😉 )

Grimper en libre (une voie, un bloc), « faire » (une voie, un bloc), « enchaîner » : gravir un itinéraire « en libre », ça veut dire le grimper en tête, sans chute et sans utiliser les ancrages ou la corde pour se reposer ou s’aider à monter. A ne pas confondre avec le solo intégral (ascension sans aucun système de sécurité).
Même si ce style d’ascension existe depuis qu’on utilise une corde pour arrêter les chutes (début du XX siècle), le fait de lui donner une importance particulière et de rechercher la difficulté « en libre » est relativement récent. Avec des différences et des exceptions selon les pays (notamment l’avance du royaume uni et d’une région particulière de l’ex Allemagne de l’est), c’est au cours des années 1970 et du début des 1980 que le mouvement « libériste » s’affirme.

Jean Pierre Bouvier au Saussois, 1982

En France, le parisien Jean-Claude Droyer est le personnage charismatique ayant lancé cette nouvelle mode.
C’est grâce au mouvement libériste que l’escalade existe en tant que discipline à part entière, autrement elle ne serait qu’une technique de l’alpiniste. Si vous voulez approfondir, l’excellent livre « L’Escalade Libre en France:  sociologie d’une prophétie sportive » retrace la naissance du mouvement libériste.

 

Escalade Sportive (en site naturel) : évolution logique de la recherche de diffuculté « pure » en escalade libre. Il s’agit de grimper avec corde et ancrages de sécurité fixes et fiables (placés par un « équipeur » ayant préparé la paroi au préalable : purge du rocher instable, repérage des cheminements les plus logiques/intéressants, pose des ancrages).
Sauf erreur dans les techniques de sécurité, le danger de blessures graves est réduit au minimum possible- même si une impression de danger peut demeurer, par exemple en cas d’ancrages très éloignés (jusqu’à 6 mètres en fin de voie longue et déversante…).
Si pas spécifié, on sous-entend que cela se fait sur une paroi rocheuse de hauteur généralement comprise entre 10 et 50 mètres, c’est-à-dire « une longueur de corde ».

Céüse, la plus belle falaise de France (et peut-etre du monde…)

Comme le nom l’indique, c’est probablement la sous-discipline plus intéressante d’un point de vue purement sportif (en dehors des compétitions) : on y retrouve plusieurs dimensions de l’effort physique (force, résistance à la fatigue, récupération et économie du geste) ainsi qu’une dimension de « psychologie sportive » assez poussée (les temps de l’effort sont assez dilatés pour que des pensées parasites apparaissent et persistent…la peur de tomber du débutant évolue avec le temps et se transforme chez le confirmé en anxiété liée à la performance, dont la gestion peut se révéler assez difficile).

Ainsi se présente la base d’une falaise le week-end… Falaises de la Seine, Les Andelys (site naturel d’escalade sportive le plus proche de Paris)

Il faut souligner que l’escalade sportive en France entraîne malheureusement de plus en plus de problèmes de gestion, liés au désengagement de la fédération délégataire (dont l’intérêt principal est la compétition en salle), à l’ampleur du travail d’entretien de l’équipement en place et à la responsabilité des propriétaires des terrains en cas d’accident causé par une défaillance éventuelle de cet équipement.

Après Travail : ascension en libre après plusieurs montées « non valides » dans la voie, soit pour repérer les mouvements, soit essais de montée en libre terminés par une chute.

ce grimpeur ne pourra « enchainer » que « après travail »…

Si l’après travail « rapide » (3-4 montées au max) d’une voie loin de ses limites est probablement le type de performance le plus « confortable », l’après travail de longue durée (semaines, mois, années…) d’un itinéraire à ses limites est sans doute l’épreuve ultime en escalade, d’un point de vue physique, technique mais aussi psychologique (doutes sur la possibilité réelle de l’enchaînement, anxiété, attentes, démotivation, gestion de son état d’activation, etc)

Flash : ascension en libre à la toute première montée, les informations sont admises (conseil sur la séquence, vision d’un autre grimpeur, etc).

à vue : plus restrictif, ascension en libre à la 1ere montée et sans informations (pas de conseils, pas d’observation d’autres grimpeurs. Seulement l’observation depuis le sol est admise). C’est le style plus facile à apprécier, car ça ne demande pas un investissement particulier en temps et préparatifs. Ça demande des capacités de résistance physique, intuition gestuelle, et prise de décision.

Bloc : Escalade de rochers de faible hauteur (jusqu’à 5 mètres) protégée par des tapis de mousse au sol (crash-pad) et par la « parade » des partenaires de pratique.

La Marie-Rose, 6a, foret de Fontainebleau

Spécialité en apparence anodine mais qui peut se révéler assez traumatisante pour les membres inférieurs (chevilles !), surtout pour les moins expérimentés (il faut savoir anticiper l’endroit de sa chute lors de la pose du crashpad et apprendre à « bien tomber »).
C’est le domaine de la finesse technique du geste, de l’importance du petit détail, de la brutalité de l’effort et, si vous vous orientez vers la performance, de l’imagination appliquée à la quête de l’impossible…en effet vous pouvez passer très longtemps à essayer un mouvement (déplacement de main ou de pied) qui vous est tout à fait impossible au premier essai…la capacité de « imaginer » ce mouvement avant d’arriver à le faire, dans le sens d’en créer une image mentale réaliste, est alors essentielle.
Les résultats en bloc sont souvent très variables selon l’adaptation de sa morphologie au passage choisi, les conditions météo, etc.…
C’est aussi la pratique la plus adaptée aux esprits joueurs (on peut facilement imaginer des nouveaux défis : à une main, en sautant certaines prises, etc.) et aux grimpeurs paresseux : pas de tache d’assurage, un matelas pour tomber dessus mais aussi pour faire la sieste, des sites souvent très proches du parking…

Pierre_Allain05

Pierre Allain, pionner bleausard

Il est bon de savoir que la forêt de Fontainebleau (plus simplement «bleau» ou « la forêt » pour les initiés) est à la fois le 1er site au monde où cette pratique fut systématisée (début du XX siècle) et une Mecque mondiale du bloc de toute difficulté, pour quantité et qualité des rochers.
On appelle les grimpeurs franciliens assidus en forêt « bleausards ». Le devenir est presque surement un gage de technique, de force, et de sophistication dans sa pratique.

Crashpad : matelas portable en mousse qu’on place au pied du bloc pour amortir les chutes.

Highball : bloc de hauteur considérable, telle que la réception de la chute est violente même en atterrissant sur une aire de réception bien garnie de crashpads. Une mauvaise réception entraîne sans aucun doute des blessures… Le highball, par rapport au bloc « traditionnel » est moins axé sur la difficulté pure, mais mobilise plutôt des notions de « frisson » et de maîtrise : maîtrise de ses émotions, maîtrise de la « marge » (il faut savoir si on est proche de la chute ou pas) et maîtrise de la chute (on n’a pas droit de tomber n’importe comment et de n’importe où…)

Trad Climbing, « terrain d’aventure » : escalade sécurisée par des protections (ancrages) amovibles, normalement placées par le grimpeur pendant son ascension en tête, dans des fissures ou trous ou autres aspérités naturellement présents dans le rocher. En termes de sécurité en cas de chute, le résultat peut varier entre « aussi anodin que de l’escalade sportive » et « blessures très graves », selon si l’itinéraire présente ou pas des fissures et des trous de la bonne forme, aux bons endroits.

Pose d’une protection amovible (friend)

Le « trad » est un type d’escalade très populaire dans les pays anglo-saxons, les moyens employés étant considérés comme plus « justes » ou « honorables » (fair means) que ceux de l’escalade sportive. Les arguments en ce sens sont les suivants :
1) Le rocher retourne à son état d’origine après l’ascension (on ne laisse pas les ancrages en place)
2) Le grimpeur ne dépend pas d’un équipeur qui a sécurisé l’itinéraire au préalable, il est donc plus « libre et autonome » mais aussi totalement responsable de soi-même sur un plan légal (on rentre dans le cas de figure du « risque accepté »)
3) Dans la confrontation grimpeur-rocher le grimpeur est soumis au jeu imposé par le rocher (avec les ancrages utilisés en escalade sportive on peut sécuriser n’importe quel itinéraire et donc quelque part « forcer » cette confrontation.)
4) L’élément de « évaluation et maîtrise du risque » propre de cette sous-discipline ajoute une dimension intéressante au vécu du grimpeur, entre savoir faire rationnel, expérience et émotions, alors que l’escalade sportive et le bloc restent plus proches d’une discipline sportive ordinaire.
Le trad climbing est en train de se creuser une niche chez les grimpeurs de l’europe continentale aussi, et je participe de cette mode…d’où l’explication assez longue !
En France on utilise aussi le terme « terrain d’aventure », qui est un synonyme imparfait.
La principale différence est qu’en « terrain d’aventure » à la française il est admis de laisser des ancrages en place et de les forcer dans les fissures du rocher à l’aide d’un marteau (pitons).

 

Grande voie : escalade « multi-longueurs » , sur une paroi plus longue que la moitié d’une corde d’escalade standard (60-100m).
On utilise donc des stations d’arrêt qu’on appelle « relais », placées généralement chaque 30-50 mètres.
Quand le grimpeur arrive au 1er relais, il assure son partenaire depuis le haut.

Gorges d Verdon, LE site majeur de grandes voies en France

Quand le 2ème grimpeur rejoint le 1er au relais un des deux recommence à grimper pour atteindre le relais suivant et ainsi de suite…
Selon la nature des ancrages, une grande voie peut être assimilable à de l’escalade sportive, ou à du « trad climbing », ou à un hybride entre les deux.
C’est la sous-discipline la plus axée sur l’ambiance et la verticalité…on quitte tout lien avec le sol pour être vraiment « en paroi ».
C’est chez la plus part des pratiquants la pratique la moins liée à une optique de performance sportive, c’est plus « se balader dans une face rocheuse ». Il est par exemple courant de ne par réussir toutes les longueurs en libre, sans que cela soit occasion de déception.

Big wall : grande voie sur parois d’ampleur exceptionnelle, dont l’hauteur dépasse les 500 mètres et atteint parfois le kilomètre voir plus ! Selon la difficulté de l’itinéraire et ses talents on peut être obligés de bivouaquer en paroi, soit sur des terrasses naturelles qu’on appelle « vires » (« ledges » en anglais), soit dans des tentes suspendues appelées « portaledge ».

un lit d’exception…

Des nombreux itinéraires en « big wall » ont été d’abord gravis avec un recours plus ou moins intensif à « l’escalade artificielle » (dans les sections trop difficiles, on place des ancrages de toute sorte, et on tire dessus pour avancer). Un défi relativement moderne et souvent très élitiste est l’ascension en escalade libre de ces itinéraires.

Escalade de compétition:
Pour des raisons pratiques les compétitions officielles en occident, nées en 1985, ont rapidement abandonné le rocher : en effet pour obtenir une « bonne compétition » du point de vue du classement et de la « légitimité sportive » du résultat, il faut un itinéraire présentant certaines caractéristiques…qui ne se retrouvent pas facilement en nature !
L’évolution des structures artificielles d’escalade doit donc beaucoup à l’escalade de compétition.

la compétitrice Jain Kim nous fait une démo de souplesse

Il y a trois formats : bloc, difficulté (=escalade sportive en salle, à vue) et vitesse. Plus d’infos (règlements, calendrier) sur les sites des fédérations française (ffme) et internationale (ifsc-climbing).
A titre anecdotique il faut dire que l’Union Soviétique avait, bien avant 1985, une longue tradition de compétitions de vitesse (sur rocher) et de compétitions d’alpinisme, souvent mises en place sur des grandes parois rocheuses (format : pendant une semaine des cordées de forts grimpeurs se rassemblent dans une vallée aux flancs abrupts. Ils cherchent de réaliser des ascensions inédites, élégantes, difficiles et risquées. A la fin de la semaine, un jury d’anciens alpinistes établit le podium des meilleures ascensions)